Henri Goetz




Par Francis Picabia
1945


L’intelligence intérieure a donné la parole à l’homme pour cacher sa pensée, Goetz a donné à la peinture sa pensée prodigieuse au langage antennal, problème des communications presque exclusivement visuelles, mais qui transpose à l’échelle humaine les portes des couloirs de l’abdomen, hors les murs des conventions mitathorax.
Sa grossesse intellectuelle lui a donné l’esprit contemplatif et l’amour au caractère féminin loin des éclats de joie, au rythme déterminé d’Apollon.
Les poètes mentent beaucoup; Goetz, philologue du temps nouveau, peint son pessimisme pour l’acceptation du mensonge de Bouddha. Il donne de l’air à tout ce qui est artistique et fabriqué pour les apôtres du génie cleptomane, car artistes et spéculateurs s’entendent, pauvres idiots du triste savoir.
J’aime la peinture de Goetz, j’aime ce qu’il dit, parce qu’il a foi en lui-même, il donne un nouveau style à la peinture, ce qui se rencontre rarement, ses tableaux ravissent mon œil et aussi la qualité de son goût, palais qu’il va construire et parcs qu’il va planter loin de l’égoïsme et de l’envie, son infini personnel et sa qualité où la pauvreté du riche est enterrée par sa nature dissipatrice loin des libéralités timides.
J’aime votre pensée que vous avez plantée sur vos nuages pour découvrir un autre monde et ne plus entendre le vacarme de la rue ; vous êtes le penseur qui avez besoin de vos applaudissements loin des applaudissements.
Vos tableaux sont la plus solitaire des solitudes, mais ils possèdent la conscience des choses que nous ne voyons pas encore.
La douce et gentille bête humaine est sérieuse, vous ne l’êtes pas, mais heureusement, vous nuirez à la bêtise de la gracieuse bête humaine.

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Inner intelligence gave man the faculty of speech in order to hide his thinking, Goetz gave painting his prodigious thinking with its antennal language, a matter of almost exclusively visual communications, but transposing to a human scale the doors of the abdomen corridors, outside the walls of mitathorax conventions.
His intellectual pregnancy gave him a contemplative spirit and a female-natured love, away from shouts of joy, to the determined rhythm of Apollo.
Poets lie a lot; Goetz, a philologist of the new era, paints his pessimism for the acceptance of Buddha's lie. He gives air to all that is artistic and made for the apostles of the kleptomaniac genius, for artists and speculators get on well, sad idiots of the sad knowledge as they are.
I like Goetz's painting, I like what he's saying, because he has faith in himself, he gives painting a new style - a thing one seldom comes across - his paintings enchant my eye as well as the quality of his taste - a palace he is building and grounds he is grassing over, away from selfishness and envy - his personal infinity and his skill when the rich man's poverty gets buried by his squandering nature, far from timid liberalities.
I like your thinking, which you have put up on your clouds in order to discover another world and not to hear the racket of the street anymore; you are the thinker needing his applause away from applause.
Your paintings are the most solitary solitude, but they have the consciousness of things we cannot yet see.
The mild and kind human creature is serious, you are not, but fortunately you will work against the foolishness of the gracious human creature.




Francis Picabia
1945